LE CHASSEUR INCONNU, de Jean-Michel Fortier

Après avoir passé des mois à le reluquer du coin de l'oeil, je viens de commencer (et de terminer) Le chasseur inconnu, de Jean-Michel Fortier. Connaissant un peu l'auteur et son éditeur, je m'attendais bien sûr à ce que ce ne soit pas trop mauvais. Mais là, mais là, mais là! Me voilà tout simplement flabergasté. Quelle adresse! Quelle maîtrise! Quelle audace! Ça coule, c'est, drôle, c'est savoureux. À lire, et même à relire, parce que si la finale m'a laissé un peu sur ma faim, c'est peut-être qu'il y a deux ou trois trucs qui m'ont échappé en chemin...

SUR L'AUTRE VERSANT, de Mathieu Simoneau

« Tu peux bien parler tu n'as plus que quelques mots de retard sur ta voix bouge les meubles on ne se libère pas comme ça d'un hiver de plomb on mijote longtemps dans son jus avant d'accoucher de révoltes chacun dans sa brique à forger des tisons chacun dans sa plaie on ouvre peu à peu les paupières de l'aube » (dans Tailler les mammifères suivi de Sur l'autre versant, p. 51)

LA VIE HABITABLE, de Véronique Côté

« On nous a clairement indiqué que le meilleur serait pour les durs, que les doux parmi nous se feraient dévorer. Nous avons tenté de résister, mais tout nous scandait de nous rendre à l'évidence, de cotiser à nos REER, d'arrêter d'être curieux, de ne surtout pas remettre en cause les prédictions des spécialistes, de cesser de faire du tapage, de penser moins, si possible, de penser plus bas, plus comme tout le monde, question de faire rouler cette économie dont nous craignons tant qu'elle se mette à faire autre chose que de nous passer sur le corps jour après jour. C'est là, mis face à tout ces épouvantails (récession, déficit, crise, crash, appauvrissement, retraite impossible, mise en é

LA VIE HABITABLE, de Véronique Côté

«Forer, c'est détruire. Faire passer un pipeline sous le fleuve, c'est détruire. Construire un terminal pétrolier, c'est détruire. C'est tout. Forer ici, c'est nous détruire nous-mêmes. Nous. Ce qui nous constitue. Nous les marsouins, nous le fleuve, nous les iles, nous le silence, nous les champs, nous la douceur de vivre, nous les jardins, nous les générations à venir, nous les baleines, nous l'amour. Nous pouvons désobéir. Dire haut et fort: nous ne voulons pas nous détruire. Nous pouvons refuser - donner voix à ce qui proteste en nous. Réciter ce poème, le plus court mais l'un des plus puissants: NON.» (p. 63)

LA VIE HABITABLE, de Véronique Côté

« Le vocabulaire est désormais le champ de bataille des politiciens, des publicitaires et des chroniqueurs, qui appliquent rigoureusement le principe selon lequel il suffit de répéter assez une chose pour que cette chose devienne vraie. Comme il suffit d'utiliser assez de fois un mot à mauvais escient pour le vider de son sens initial - pour le saigner à blanc. Pour que la grève étudiante devienne un boycott; pour qu'un individualisme aveugle ayant "le droit d'accumuler de l'argent [pour] seule valeur partagée" se transforme en révolte des contribuables; et pour que le maigre burger et les frites froides séchant au fond du sac en papier blanc se méritent le nom de Joyeux festin. [...] Malg

LA VIE HABITABLE, de Véronique Côté

« Je dis que nous avons besoin de nous reconnaître les uns les autres. Je dis que nous avons besoin de partager la beauté des lieux et des objets. Je dis que nous avons besoin de poésie depuis l'enfance, depuis bien avant les idées, bien avant le langage même, depuis le début de la conscience de l'autre, parce que la poésie est une façon de comprendre l'autre en devenant soi-même, le temps d'une image, celui qui imagine. L'origine. Poésie: construction de l'imagination parlant à l'imagination d'autrui. Poésie: surgissement irrépressible de la beauté. Poésie: réponse sauvage à des questions qui ne se posent pas. Comment faire pour vivre? Comment faire pour vivre ensemble? Je dis que tou

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