DERNIER AMOUR À CONSTANTINOPLE, de Milorad Pavić

10/3/2016

« Il portait depuis le berceau un grand secret bien caché. Il avait le sentiment d'être un humain un peu raté. Naturellement, il avait un ardent désir d'y remédier, et en même temps il avait un peu honte de ce désir, comme d'une visite incongrue. C'était comme une petite fringale qui lui faisait mal au-dessous du coeur, ou comme une petite douleur qui s'éveillait dans son âme comme une faim. Il avait oublié à quel moment était né en lui ce désir, cette secrète aspiration au changement qui prenait la forme d'une petite force désincarnée. Il lui semblait qu'il était allongé et serrait dans son pouce le bout de son majeur. Il cédait au sommeil, sa main tombait du lit, ses doigts s'écartaient, et il sursautait avec le sentiment d'avoir lâché quelque chose. En fait, c'était lui-même qu'il avait laissé échapper. Et le désir était là. Un désir terrible, impitoyable, si pesant qu'il s'était mis à boiter du pied gauche... Ou encore il lui semblait qu'un jour, il y avait bien longtemps, il avait trouvé l'âme d'un autre dans son assiette de choux et qu'il l'avait toute mangée. »
 

(p. 12-13)

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