TAQAWAN, d'Éric Plamondon

13/5/2017

Il est assez rare que je parle en mal des livres que je lis. Écrivain moi-même, ayant plusieurs amis dans le domaine, je connais trop l’impact négatif que peut avoir une mauvaise critique m’amuser à distribuer les blâmes publiquement. Quand j’aime un livre, j’en parle, quand je n’aime pas (ou que mon enthousiasme est un peu mitigé), je me tais.

Mais, bon, là, je me sens trahi. Après m’être fait plaisir en partageant hier des extraits d’un roman qui s’annonçait particulièrement fort et stimulant, je dois me rendre à l’évidence : Taqawan, ce n’est pas très bon. À un point que c’en est même un peu insultant.

Mêlant habilement le documentaire et la fiction, le récit s’ouvre de façon fracassante : on est en juin 1981, à Ristigouche, en pleine guerre du Saumon, et une adolescente mi’gmaq assiste impuissante à la répression violente dont est victime sa communauté. Pendant plusieurs pages, on a droit à une magistrale leçon d’histoire.

Puis, d’autres personnages entrent en scène, l’intrigue se met en place, et ça se gâte tranquillement. Des personnages qui pourraient être intéressants sombrent graduellement dans le cliché : l’adolescente en danger qu’on sauve à répétition, le héros viril et protecteur (un tantinet violent, mais avec un cœur d’or), l’Indien silencieux, moitié chaman et moitié guerrier. On a droit aux ressorts narratifs les plus éculés qui soient : viol, vengeance, enlèvement, complot, etc. Et tout ça est articulé de façon tellement cheap, avec des retournements de situation tellement absurdes qu’on a l’impression de quitter la littérature pour se retrouver dans un mauvais film hollywoodien. Les gens s’entretuent sans états d’âme, les méchants meurent, les gentils sont blessés (mais ils vont sans remettre, ne vous inquiétez pas)… on a même droit à une course poursuite et à une explosion à la fin.

Au final, on a l’impression que quelqu’un a eu la bizarre idée de fusionner un documentaire de Richard Desjardins avec un film d’action signé Alan Smithee (vous savez, ce pseudonyme qu’emploient aux États-Unis les réalisateurs tellement dégoutés par leur propre film qu’ils refusent d’en assumer la paternité).

Restent quelques belles pages, plusieurs passages documentaires extrêmement intéressants et une volonté fort louable de lever le voile sur certains aspects occultés de notre histoire. Le tout noyé dans du grand n’importe quoi. Ça m’apprendra a partager des extraits d’œuvres que je n’ai pas encore terminées.

 

 

 

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