LE BAL DES ABSENTES, de Julie Boulanger et Amélie Paquet

25/10/2017

« Je suis souvent très émue en lisant les rédactions de mes étudiant.e.s. On pourrait m’accuser d’être trop sentimentale, mais je suis vraiment bouleversée de penser que la plupart d’entre eux n’auront plus, après le cégep, l’occasion de s’exprimer par écrit. Je me sens même privilégiée de pouvoir les lire. On serait étonné de constater à quel point dans leurs rédactions ils racontent toutes sortes de choses. Cet espace de parole, pour des gens qui n’écrivent pas régulièrement, est sacré. Évidemment, on devinera à travers mes mots que je ne suis pas le genre de prof qui envoie des perles de correction par courriel à ses collègues ou qui en publie sur Facebook. Je suis même vertement contre cette pratique. À mon avis, les enseignant.e.s pillent cet espace sacré en partageant les erreurs des étudiant.e.s. Ils font preuve aussi d’un non-respect étonnant pour le processus d’apprentissage. Au lieu d’être à la recherche de la moindre bêtise, les profs de cégep devraient plutôt tourner leur regard vers l’intelligence qui se dégage des copies, malgré la paresse, l’arrogance, la maladresse ou le manque d’engagement de certains élèves. Ils seraient bien surpris de découvrir que les étudiant.e.s ne sont pas idiot.e.s. du tout, qu’ils comprennent bien mieux la littérature qu’on pourrait le croire.

 

[…]
 

Les profs qui pensent que leur travail consiste à être des gardien.ne.s du langage et de l’expression impeccable manquent le meilleur. Ils ne réalisent pas le privilège qu’ils ont de pouvoir lire ces jeunes gens qui, en tentant de s’exprimer sur les textes à l’étude, communiquent à leur enseignant.e, d’une manière unique, leur vision du monde, leurs angoisses et leurs joies. »

(p. 122-123 et 125)

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